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Préface de Pierre VAN BERGEN

Président de l'Association Européenne des Enseignants Socialistes

Ancien Secrétaire Général du Ministère Belge de l'Éducation

Promoteur du Rénové

Pourquoi ce livre et pourquoi aujourd'hui ?

Pourquoi cette "saga" où s'entremêlent récits, conversations, réflexions, jugements et anathèmes, où, à travers tout, l'espoir subsiste, même s'il faut le dénicher, parfois, tapi sous la raillerie et l'autodérision ?

Sans doute s'agit-il de régler ses comptes. Avec les autres. Mais aussi avec soi. D'affirmer, de s'affirmer que le sens demeure et que tout peut reprendre et renaître un jour,

Faudrait-il donc voir ce livre comme une de ces bouteilles que les naufragés jettent à la mer avec l'espoir que le message sera recueilli et que trace en sera donc gardée dans le futur et, qui sait, que l'aventure aura une suite ?

II y a, sans doute, de tout cela dans cette étonnante entreprise - qui ne pouvait être que collective, comme de bien entendu.

Toutefois, au delà de la "saga" que nous content les auteurs, ce livre nous fait le récit d'une tentative, sinon de prise de pouvoir, du moins de partage du pouvoir, afin de rénover l'école (et au delà, le système éducatif) de l'intérieur, puisque aussi bien circulaires, nouveaux programmes, recherches pédagogiques plus ou moins savantes, moins ou plus pertinentes ne parvenaient pas - et ne sont pas encore parvenus - à faire en sorte que l'école s'adapte aux nécessités du temps (déjà passé ou présent). Car c'est bien de cela qu'il s'agissait, au fond, pour les protagonistes, indépendamment de toutes les satisfactions personnelles qu'ont pu leur donner leurs entreprises - souvent risquées, voire téméraires. Et c'est la conscience de cet échec qui - cinquante ans après - les taraude et explique, sans doute, cette prise de parole.

Des actions semblables ont été faites ailleurs. Elles sont plus nombreuses qu'on ne pourrait le penser, mais elles n'ont pas eu, à ma connaissance, cette ampleur ni cette constance. L'action du CPALI est donc, dans une certain sens, exemplative d'un phénomène plus général qu'on ne pense. Et c'est en quoi elle mérite attention et réflexion.

Pourquoi les activités para- ou périscolaires se sont-elles développées après la deuxième guerre mondiale ?

La démythification progressive du pouvoir - de l'État, des institutions, des parents,

de l'école et donc des enseignants - a mis ces derniers dans l'obligation de rechercher une parade à ce phénomène pour assurer leur autorité, ou leur ascendant ou, simplement, leur influence sur (es élèves, afin d'avoir la possibilité de s'acquitter de leur mission. Cette parade, certains l'ont trouvée notamment, sans que ce soit pour autant toujours clairement perçu par les protagonistes eux-mêmes, en construisant un nouveau type de relation avec les élèves, fait d'une compréhension sans démission et d'une accentuation des aspects éducatifs de leur tâche (attention aux problèmes personnels, prise en compte des problèmes affectifs, relations dans des situations non-scolaires etc.). Les activités para - ou périscolaires ont été, entre autres choses, un moyen d'assumer, de manière positive, cette transformation du rapport enseignant-enseigné, à travers une nouvelle image de l'autorité.

Les activités parascolaires avaient - puis-je écrire : ont ? - cinq objectifs essentiels: - favoriser les relations entre pairs ; celles-ci sont indispensables pouf la maturation (voir à ce sujet, Piaget - 1936 i) - faire place dans nos écoles à un autre mode d'apprentissage, en permettant à l'élève d'être un apprenant "actif" qui participe aux décisions relatives à l'emploi du temps, au choix des activités, à l'exercice des responsabilités. - sortir du type traditionnel d'organisation des activités (la classe, l'horaire) et initier à d'autres manières d'utiliser l'espace et le temps. - élargir la notion d' "apprentissage" en organisant des types d'activités multiples où l'autorité est changeante et partagée. - donner aux élèves la possibilité - en tant qu'élèves, et dans le cadre de leur formation scolaire - d'exercer des activités 'Vraies", "réelles" et d'avoir des contacts avec le monde "réel".

Comment ne pas s'étonner que, notre société étant devenue ce qu'elle est - une société conflictuelle orientée vers le changement - et donc, pour l'école et pour le système éducatif, un partenaire divisé et instable, nous n'ayons pas porté plus d'attention à la nécessité de concevoir de nouvelles structures permettant à l'enseignement et à l'école (chacun à leur niveau de responsabilité : le système au niveau théorique ; l'école au niveau de la pratique), d'entrer en négociation avec la société pour définir leur mandat et adapter celui-ci quand il convient ?

Définir objectifs et modes d'action dans l'abstrait est une chose ; les mettre en œuvre concrètement sur le terrain en est une autre et ne peut se faire efficacement qu'en synergie avec les milieux proches (politiques, économiques, sociaux) et bien entendu (mais est-ce si bien entendu ?) avec les élèves et tes parents.

Ce livre peut nous aider à prendre mieux conscience de l'ampleur du problème qui se pose sur ce point à nos sociétés et, à partir d'une lecture critique, d'emprunter quelques voies qui nous permettraient de dégager des remèdes et - qui sait ? - quelques solutions.

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